Chronique d'histoire : Le rapport au conseil général du 15 avril 1946
Publié le 08 avril 2026
C’est un rapport du préfet Paul Antoine Joseph ESCANDE qui va être le fond de notre histoire corporative du jour.
L’Homme est déjà atypique… Né à Agen le 11 août 1910, il rentre dans la carrière administrative en 1929. Belfort, Troyes, Bagnières-de Bigorre, Oran, Nantua, Alger, la direction des renseignements généraux seront de ses affectations avant d’être, en novembre 1943, secrétaire général en Corse, premier département de France à être libéré durant le second conflit mondial.
Remplaçant Jean MOYON resté en poste une petite année, il devient, dans la tourmente, préfet des Alpes-Maritimes en septembre 1944. Il est, dans notre département, le préfet « de la libération »
L’histoire locale lui doit, entre-autre, le lancement d’une campagne de solidarité pour le retour des prisonniers de guerre.
Pour les Sapeurs-pompiers, le préfet ESCANDE est celui qui allait inscrire durablement notre modèle d’organisation et permettre la création des premiers corps ruraux, achevant ainsi l’ouvrage conduit par l’un de ses prédécesseur, Jean CHAIGNEAU.
Jean CHAIGNEAU, préfet des Alpes-Maritimes d’avril 1943 à mai 1944, signataire de l’arrêté préfectoral du 29 décembre 1943 sur la départementalisation des services incendie, appréhendé par la gestapo à la préfecture de Nice pour faits de résistance le 14 mai 1944 et déporté le 30 juin 1944.
Ce 15 avril 1946, reprenant les points déjà développés dans une réunion tenue le 28 novembre 1945, le préfet ESCANDE souhaite pour l’ensemble du département :
-l’amélioration du réseau en eau pour le service incendie,
-l’organisation de la protection de la forêt,
-la réorganisation des corps de pompiers,
-une organisation départementale des services d’incendie.

source : archives SDIS 06
Dans ses lignes sont évoqués les corps de d’Antibes, Cagnes-sur-Mer, Cannes, Grasse, Menton et Nice considérés comme « régulièrement organisés »

source : archives municipales Nice
Mais aussi, la volonté de créer huit centres de secours dotés d’un engin pompe à Guillaumes, Lantosque, Puget-Théniers, Saint-Auban, Saint-Etienne-de-Tinée, Saint-Martin-du-Var, Saint-Sauveur-sur-Tinée et Sospel.
Certaines de ces cités disposant déjà d’une motopompe soit acquise par la commune, soit issue de la Défense passive.
Le rapport précise « corps de sapeurs-pompiers volontaires résidant dans les communes précitées et dont l’instruction et l’entrainement seraient assurés aux frais de l’organisation départementale ».

source : collection Alain Bertolo
Quelques passages de la « note de renseignements techniques » réalisée à l’époque méritent d’être cités :
D’abord sur la physionomie du département en relevant deux parties :
- « Une large bande côtière, d’accès facile en raison des voies de communication de Théoule à Menton et dotée de centres de secours.
- L’autre partie montagneuse, coupée par des vallées parfois étroites d’un accès relativement difficile au point de vue de la lutte contre le feu ».
Ensuite sur l’organisation projetée :
- Une implantation de centres de secours d’un effectif de 12 pompiers volontaires et dotés d’un matériel automobile de lutte contre le feu.
- Une étude générale sur l’alimentation en eau avec subvention de 50% des aménagements destinés à la lutte contre l’incendie.
- La centralisation administrative des moyens de lutte sous le contrôle technique de la Direction départementale des services d’incendie.
Rappelant l’urgence « du fonctionnement d’une organisation départementale de protection contre l’incendie » le préfet ESCANDE demande l’allocation par le Conseil Général de quatre millions de francs pour organiser le service.

source : archives SDIS 06
Un service incendie pour lequel, il sera porteur d’une autre réforme : celle voulue le 24 avril 1946 réorganisant la lutte contre les feux de forêts et attribuant la lutte contre les incendies de forêts aux Sapeurs-pompiers.
Alain Bertolo
8 avril 2026



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