Chronique d'histoire : L’accident du tramway Cagnes-Grasse du 17 septembre 1913
Publié le 30 septembre 2026
Notre page d’histoire nous ramène en 1913, pour évoquer la plus grande catastrophe ferroviaire qui endeuilla notre département.
C’était un temps où quelques 150 kilomètres de voies de tramway desservaient de nombreux villages et villes des Alpes-Maritimes.
Source : Archives départementales 06-fond Jean Luce- 60Fi02777
Assurant la liaison entre Cagnes et Grasse, le tramway quitte, en cette soirée du 17 septembre 1913, la gare de Pré-du-Lac sous une pluie battante. Le train est bondé emportant de nombreux militaires qui doivent rejoindre Nice.
Composé de deux motrices et de deux voitures, le convoi s’emballe dans la descente et son conducteur n’arrive pas à freiner l’ensemble qui aborde, à grande vitesse, le virage précédant le « viaduc des vignes » qui enjambe, sur la commune de Villeneuve-Loubet, un ravin d’une vingtaine de mètres de profondeur.
L’accident est inévitable, alors que la première motrice va buter contre le parapet, les trois autres déraillent et vont s’abimer dans le vallon.
Dans cette campagne alors déserte, difficile d’alerter les secours. Viennent d’abord les quelques habitants des bastides environnantes alors que quelques messagers, parmi les survivants partent vers les villages pour transmettre par télégraphe ou téléphone la désastreuse nouvelle.
Source : Archives départementales 06-fond Jean Luce- 60Fi02784
Malgré tout les secours s’organisent. Passager de la première voiture, heureusement miraculée, le docteur DE ALBERTI organise avec des militaires les premiers secours. Il est bientôt rejoint par des confrères de Cagnes venus en automobiles avec leur matériel médical.
Par la suite arrivent les renforts : Ambulance de l‘automobile club, « auto d’ambulance » du parc d’artillerie militaire et deux camions emportant le détachement des 15 pompiers de Nice commandés par le capitaine CONSTANTIN.
La presse de l’époque nous permet d’imaginer l’ampleur du drame « A la lueur des torches des pompiers, des lampes à acétylène et des lanternes réquisitionnées un peu partout, on travaille. Mais il est très pénible de dégager les blessés. Les trois voitures se sont renversées les unes sur les autres et la terre détrempée s’enfonce sous leur poids qui dépasse trente tonnes. La pluie fait rage, le vent qui siffle en rafales à travers les arbres trompe ceux qui cherchent les blessés, tâtonnent dans l’obscurité et sont guidés par les plaintes. »
A trois heures du matin, après le dégagement des blessés, le préfet André De JOLY décide de suspendre les opérations jusqu’au lever du jour.
Source : Archives départementales 06-fond Jean Luce- 60Fi02783
35 pompiers niçois viennent, en ce 18 septembre 1913, épauler les militaires du 7ème régiment d’artillerie pour assurer les « manœuvres de force » qui permettent de dégager les derniers corps en soulevant les carcasses déformées des voitures du train.
Source : Archives départementales 06-fond Jean Luce- 60Fi02786
Au bilan se dénombrent 17 morts dont 12 militaires et 40 blessés.
Mais… Revenons à nos pompiers :
La presse soulignera : « Nous avons déjà parlé de tout le dévouement dont a fait preuve le corps de Sapeurs-Pompiers. Si chaque homme a agi avec courage et énergie, il convient également de féliciter les chefs, le Capitaine Constantin et le Lieutenant Poullan qui ont apporté beaucoup de clairvoyance et de rapidité dans l’organisation des secours. Parti, avant-hier soir de Nice, un détachement de 15 hommes avec matériel complet a organisé les premiers secours et est resté sur les lieux, sous la pluie jusqu’à 3 heures du matin. Hier matin, un nouveau détachement de 35 hommes, a été envoyé sur les lieux et jusqu’à 4 heures du soir, a travaillé avec acharnement. Monsieur De Joly, Préfet, qui assista aux travaux de secours a été très satisfait du dévouement et du courage dont ont fait preuve nos braves Sapeurs-Pompiers. »
Et… si vous êtes un peu curieux, pas très loin de la route reliant Villeneuve-Loubet à Roquefort-les-Pins, il existe toujours les vestiges d’une voie de tramway avec, intact, son « pont des vignes » où une plaque rappelle cette catastrophe vieille de 113 ans.
Alain Bertolo
28 septembre 2026



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