Chronique d'histoire : Août 1956 – Flammes, cendres et deuils
Publié le 02 septembre 2026
Il y eut 70 années depuis quelques jours… Trois sauveteurs mouraient dans nos Alpes-Maritimes en luttant contre les flammes. Retournons, ensemble, en août 1956 pour évoquer une semaine dantesque sur le plan des incendies de forêts dans notre département.
Source : Sp Grasse
Déjà, le 11 août, les sapeurs-pompiers des 26 centres de secours de l’époque sont largement mobilisés. Feux à Mougins, Théoule, Vallauris mais aussi au Touet-de-l’Escarène où, depuis deux jours avec l’aide des militaires et de nombreux bénévoles, il faut lutter contre le feu qui dévore les pentes du col de Braus.
22 août, les collines boisées de « super-Cannes » brulent. Parties de Pégomas, les flammes s’engouffrent dans les forêts de mimosas de La Roquette-sur-Siagne, atteignent Mouans-Sartoux et foncent vers Grasse.
Source : Nice-Matin du 23 août 1956
Les efforts conjugués des pompiers, habitants, bénévoles, militaires arrivent à juguler le sinistre alors que dans le même temps 40 hectares sont dévorés par un autre incendie à Saint-Martin-du-Var.
Grasse… 23 août, 14 h 30, un feu de forêt démarre sur le plateau Napoléon. Commandés par le Lieutenant CROUSILLAC, les sapeurs-pompiers tentent d’enrayer la progression du sinistre vers Cabris alors qu’à 15 h 30, un autre départ de feu au quartier Saint-Christophe nécessite l’envoi de moyens.
Avec le concours des sapeurs-pompiers du Bar-sur-Loup et de Vence, ces deux sinistres sont éteints en soirée.
24 août, dès le début de la matinée, les sapeurs-pompiers sont engagés sur quelques incendies puis la situation s’aggrave au fil de la journée : feux à Antibes, Bendéjun, Mougins, Nice, Roquefort-les-Pins, Vallauris, Valbonne, mais aussi à Grasse où l’incendie va tuer.
Débuté à 11 h 30, le feu dévore le plateau de la Malle. Sous la force d’un vent violent, le feu progresse. La mobilisation est générale : pompiers du Bar-sur-Loup, Cagnes, Cannes, Grasse, Nice, Saint-Vallier-de-Thiey, Vence, épaulés par C.R.S, Gendarmes mobiles, aviateurs militaires venus de Nice, tentent d’enrayer un gigantesque brasier qui plonge la ville de Grasse dans une quasi-obscurité déversant une nuée de cendres.
Source : Nice-Matin du 28 août 1956
Un détachement d’une cinquantaine d’hommes composé de pompiers et de gendarmes mobiles arrive à sauver une ferme, puis poursuivant la lutte se retrouve encerclé par les flammes. Si quarante sauveteurs parviennent à fuir les flammes, neuf en restent prisonniers. S’enfuyant à contre-vent, six d’entre eux ont la vie sauve.
Trois gendarmes mobiles sont retrouvés décédés par un détachement commandé par le lieutenant FELIX de Saint-Vallier-de-Thiey.
Agés respectivement de 45 ans, 54 ans, et 30 ans, l’adjudant-chef Charles TROUTOT et les maréchaux-des-logis/chefs Martial FESTOR et Paul CLAUDE laissent 8 orphelins.
Lors des obsèques, en la cathédrale de Grasse, le 27 août 1956, le prefet Pierre MOATTI épingle sur les trois cercueils, la médaille de Vermeil pour acte de courage et de dévouement.
Alors… Si demain, vous allez sur le plateau de la Malle, suivez la route et dépassez la maison d’arrêt de Grasse, vous trouverez, sous les ombrages, un monument érigé au-dessus de trois marches.
Un monument où quelques pierres blanches scellées entourent une plaque qui rappelle la « Mort au feu » de ces trois gendarmes.
Photo : Stéphane Garitat
Suite de l’histoire… en 2015
26 janvier 2015, je reçois un appel d’un élève-gendarme de l’école des sous-officiers de gendarmerie de Chaumont.
Mon interlocuteur m’explique avoir contacté la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers de France pour avoir des renseignements sur cet incendie dramatique d’août 1956 et qu’il se retrouve aiguillé vers moi.
La demande était particulière… Hautement symbolique : sa promotion allait prendre le Nom du Maréchal-des-Logis Paul CLAUDE lors d’une cérémonie en présence des petits-enfants de ce gendarme décédé « au feu » dans nos Alpes-Maritimes et cet élève-gendarme m’expliquait avoir peu d’éléments.
J’ai évidemment longuement cherché et compilé… puis j’ai répondu le 18 février 2015.
… Ce jour-là, encore plus que d’autres, je savais pourquoi j’aime tant essayer de faire vivre notre histoire et son devoir de mémoire.
Alain Bertolo
1er septembre 2026



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